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Écrans et bébé en Suisse : ce que révèle l'étude SWIPE, et pourquoi les jouets sans écran restent essentiels

31 juil.
7 min de lecture

En bref : en Suisse, Pro Juventute recommande d'éviter autant que possible les écrans avant 2 ans, et de limiter leur usage à 5-10 minutes, voire 1 heure maximum de façon exceptionnelle, entre 2 et 4 ans. Pourtant, l'étude nationale SWIPE, menée auprès de 4 200 familles suisses, montre que de nombreux tout-petits sont exposés aux écrans bien avant cet âge. Face à ce constat, les jouets sensoriels et manuels restent le meilleur point d'appui pour le développement de bébé au quotidien, à la maison comme chez la maman de jour.


Ce que recommandent Pro Juventute et l'OFSP pour les tout-petits en Suisse


En Suisse, les recommandations en matière de temps d'écran sont construites par tranche d'âge, avec un message clair pour les tout-petits : de 0 à 2 ans, il est conseillé d'éviter autant que possible toute utilisation de médias sur écran. Entre 2 et 4 ans, les indications se resserrent autour de 5 à 10 minutes par jour, avec un maximum d'une heure qui doit rester exceptionnel plutôt que devenir une habitude quotidienne.


Ces recommandations, portées par la fondation Pro Juventute en lien avec l'Office fédéral de la santé publique, ne relèvent pas d'une posture moralisatrice envers les parents. Elles s'appuient sur un principe simple, largement partagé par les pédiatres suisses : à cet âge, le développement du cerveau se construit avant tout par l'expérience sensorielle directe, la manipulation d'objets réels et l'interaction avec les adultes qui entourent l'enfant — des expériences qu'un écran, aussi bien conçu soit-il, ne peut pas reproduire.


Ce cadre suisse rejoint d'ailleurs des recommandations similaires observées dans plusieurs pays voisins, où les autorités sanitaires convergent depuis plusieurs années vers le même constat. Pour les parents, la difficulté n'est généralement pas de comprendre cette recommandation, mais de trouver au quotidien de quoi occuper utilement bébé sans céder à la facilité d'un écran — d'où l'intérêt de disposer, dès la naissance, de jouets réellement adaptés à chaque étape du développement.


Ce que révèle l'étude SWIPE sur la réalité du terrain

Entre la recommandation officielle et la pratique quotidienne des familles, un écart existe, et l'étude SWIPE (Swiss Study on Preschool Screen Exposure), menée par la Haute école de travail social et de santé publique de Lausanne, permet pour la première fois de le mesurer précisément à l'échelle nationale. En interrogeant 4 200 parents suisses sur l'usage des écrans par leurs enfants de 0 à 5 ans, cette étude dresse un état des lieux sans détour : une part importante des tout-petits suisses est exposée aux écrans bien avant l'âge recommandé, souvent dès les premiers mois de vie.


Ce constat n'est pas propre à la Suisse, mais l'étude a le mérite de sortir du ressenti pour s'appuyer sur des données concrètes, recueillies directement auprès des familles romandes, alémaniques et tessinoises. Elle permet aussi aux parents de se situer : où se place mon enfant par rapport aux autres enfants suisses de son âge ? Cette mise en perspective, loin de culpabiliser, aide de nombreux parents à identifier plus clairement les moments du quotidien où l'écran s'invite par habitude plutôt que par choix réfléchi — avant une sieste, pendant un repas, ou pour occuper bébé le temps d'une tâche ménagère.


L'intérêt d'une telle étude à l'échelle nationale est aussi de nuancer le débat : il ne s'agit pas d'opposer les familles qui « feraient bien » à celles qui « feraient mal », mais de rappeler que l'écran s'invite souvent dans le quotidien par praticité, dans un moment de fatigue ou d'urgence, plutôt que par conviction. Anticiper ces moments avec quelques jouets d'éveil facilement accessibles, plutôt qu'un smartphone au fond du sac à langer, change concrètement la donne au quotidien.


Ce qu'un jouet sans écran apporte, que l'écran ne peut pas offrir

Un jouet d'éveil sollicite simultanément plusieurs sens : la vue avec des contrastes marqués, le toucher avec des matières variées, l'ouïe avec un grelot ou un froissement de tissu. Cette stimulation multisensorielle est précisément ce qu'un écran, même interactif, ne parvient jamais à reproduire : il reste cantonné à la vue et à l'ouïe, sans jamais engager la main de façon réelle.


C'est pourtant la main qui joue un rôle central dans le développement cognitif du tout-petit. Attraper un anneau de dentition, empiler deux cubes, faire glisser une perle le long d'un fil : chacun de ces gestes construit à la fois la motricité fine et les premières notions de cause à effet. Un écran peut simuler cette logique par une animation, mais il ne peut pas offrir le poids, la texture et la résistance physique qui donnent à l'enfant une compréhension réelle du monde qui l'entoure. Prenons un exemple concret : un bébé de 9 mois face à un jouet à encastrer doit observer la forme, tester plusieurs orientations, ajuster son geste, parfois se tromper plusieurs fois avant de réussir. Cette répétition patiente, impossible à accélérer, construit une compréhension bien plus solide qu'une réussite instantanée obtenue en glissant un doigt sur un écran.


Le jeu sans écran favorise également une forme de concentration différente. Face à un objet stable, l'enfant explore à son propre rythme, sans sollicitation extérieure constante ni changement d'image toutes les quelques secondes. Cette capacité à s'absorber dans une activité, à observer, essayer, échouer puis recommencer, est une compétence fondatrice pour les apprentissages futurs, à la maison comme plus tard à l'école enfantine.


Jouets connectés par IA : une tendance à regarder avec discernement


L'industrie du jouet connaît en 2026 une transformation portée par l'intelligence artificielle : des objets capables de reconnaître les préférences de l'enfant, d'adapter leur niveau de difficulté ou de raconter une histoire différente à chaque écoute, souvent sans le moindre écran, uniquement par la voix ou des capteurs. Ces produits arrivent aussi progressivement sur le marché suisse, avec un argument marketing habile : une interaction personnalisée, sans afficher d'écran.


Cette évolution mérite d'être regardée avec nuance plutôt qu'avec méfiance systématique. Un jouet sans écran qui utilise un microphone ou des capteurs n'a pas les mêmes effets qu'un écran classique, et certains de ces objets peuvent effectivement enrichir le jeu des enfants plus grands. Mais pour les tout-petits, en particulier avant 2-3 ans, la question reste légitime : un jouet qui « répond » à la place d'un parent ou qui structure lui-même le jeu de l'enfant retire-t-il, lui aussi, une part de cette exploration libre et de cette interaction humaine qui restent irremplaçables à cet âge ? De nombreuses familles suisses font aujourd'hui le choix de réserver ces objets connectés à des enfants plus grands, et de privilégier, pour les 0-4 ans, des jouets entièrement manuels — plus simples, sans pile, et sans aucune question à se poser sur les données collectées par un microphone dans la chambre de bébé.


Un argument plus terre-à-terre plaide aussi en faveur des jouets traditionnels pour cette tranche d'âge : leur simplicité les rend increvables. Un jouet sans électronique ne tombe jamais en panne, ne nécessite ni mise à jour ni application, et se transmet facilement d'un enfant à l'autre au sein de la fratrie. Un objet connecté, lui, dépend d'une batterie et d'un logiciel, avec le risque de devenir obsolète bien avant que l'enfant n'ait fini de s'en servir.


Composer un quotidien sans écran, à la maison comme chez la maman de jour

Réduire l'exposition aux écrans ne consiste pas à combler chaque instant de la journée par une activité organisée, mais à proposer, au bon moment, un jouet adapté aux capacités réelles de l'enfant. Avant 6 mois, un tapis d'éveil aux contrastes marqués et une arche à saisir suffisent largement à occuper bébé de façon stimulante pendant les temps d'éveil au sol. Entre 6 mois et 1 an, les jouets à empiler et les balles texturées prennent le relais, à mesure que la préhension s'affine.


Ce même principe s'applique aussi bien à la maison que chez une maman de jour ou en structure d'accueil : disposer de quelques jouets bien choisis, adaptés à l'âge de l'enfant et facilement transportables, permet de maintenir une continuité dans les activités proposées à bébé, sans avoir besoin de recourir à un écran pour combler un moment d'attente ou de transition entre deux activités.


Vos questions sur les écrans et les jouets sans écran pour bébé


À quel âge peut-on introduire un écran en Suisse selon les recommandations ? Pro Juventute recommande d'éviter les écrans avant 2 ans, puis de limiter leur usage à 5-10 minutes par jour entre 2 et 4 ans, avec un maximum exceptionnel d'une heure.


L'étude SWIPE montre-t-elle que tous les enfants suisses sont trop exposés aux écrans ? L'étude révèle un écart entre les recommandations et la pratique réelle de nombreuses familles, sans pour autant stigmatiser les parents : elle sert surtout d'outil de repère pour situer l'usage de son propre enfant.


Un jouet à piles est-il forcément un problème pour un bébé de moins de 2 ans ? Pas systématiquement, mais la prudence reste recommandée pour les objets connectés qui structurent eux-mêmes le jeu de l'enfant ou intègrent un microphone, en particulier avant 2-3 ans.


En Suisse comme ailleurs, le meilleur jouet reste celui qui n'a pas d'écran

Entre les recommandations claires de Pro Juventute et les données de terrain apportées par l'étude SWIPE, un même message se dégage : à l'âge où se construisent les bases du développement, rien ne remplace l'exploration sensorielle directe. Les jouets manuels et sans écran, loin d'être un choix par défaut, restent le socle le plus solide pour accompagner bébé, que ce soit à la maison, chez une maman de jour ou en structure d'accueil.


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